07.04.2006
Se donner bonne conscience
Depuis le début de la guerre à l'automne 1999 et en tenant compte de cette nouvelle décision, la Direction générale de l'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) aura déboursé 196 millions d'euros, faisant de l'Union européenne le premier donateur dans la région, selon un communiqué de l'exécutif des Vingt-Cinq.
Bref l'Europe se donne ainsi bonne conscience alors qu'une action politique s'impose depuis des années. L'Europe est dépendante à 25% de la Russie en ce qui concerne ses approvionnements en gaz? Renversons l'affirmation : La Russie est dépendante pour son développement et son économie des revenus pétroliers et taxes prélevées sur les revenus de ses grandes compagnies nationales.
En Tchétchénie, souligne la Commission de l'Union européenne, "on estime à 200.000 le nombre de déplacés à l'intérieur du pays, sur une population d'environ 800.000 personnes". Nombre d'entre eux sont revenus d'Ingouchie l'année dernière ou il y a deux ans. Les conditions de vie sont extrêmement difficiles pour l'ensemble de la population tchétchène, en particulier à Grozny, la capitale.
Hors de la Tchétchénie, on dénombre quelque 25.000 personnes toujours déplacées en Ingouchie et 9.000 au Daghestan, ainsi que 5.000 réfugiés résidant actuellement en Azerbaïdjan, la plupart dans des conditions misérables. L'insécurité reste forte en Tchétchénie, du fait de la poursuite d'opérations militaires ponctuelles, notamment dans le sud du pays. La population civile continue de souffrir énormément dans ce conflit caractérisé par de nombreuses violations des droits de l'Homme, note Bruxelles. Point fermez les guillemets !
Hier avec les conflits balkaniques, aujourd'hui avec la Tchétchénie, l'Europe perd définitivement son âme. Ah oui, aujourd'hui, la Biélorussie a été sanctionnée par le parlement européen...
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06.04.2006
Tchétchénie: la Cour constitutionnelle russe décide que les militaires poursuivis devront l'être par des cours martiales
MOSCOU (AP) - La Cour constitutionnelle russe a jugé jeudi que les crimes commis par les militaires en Tchétchénie seraient passibles de cours martiales jusqu'à l'introduction des jurys dans la république caucasienne l'an prochain.
Ce jugement intervient à la suite de l'acquittement à deux reprises par un jury populaire dans une république voisine de la Tchétchénie de quatre membres des forces spéciales russes accusés d'avoir tué six civils en Tchétchénie, alimentant la colère de la population tchétchène et même des dirigeants prorusses de Grozny.
L'acquittement du capitaine Edouard Oulmane et de trois subordonnés a renforcé l'impression des défenseurs de droits de l'homme et de la population locale que les militaires pouvaient commettre des exactions en toute impunité, tuant, enlevant et intimidant des civils.
"La Cour constitutionnelle a jugé que de tels cas devaient être entendus par trois juges professionnels, soulignant au passage leur impossibilité d'imposer la peine de mort", a déclaré Iouri Charandine, représentant du sénat russe à la Cour , cité par l'agence de presse russe Interfax.
Le jugement de jeudi fait suite à la demande du président tchétchène Alou Alkhanov qui souhaitait obtenir l'avis de la Cour constitutionnelle dans l'affaire Oulmane. Selon l'agence de presse RIA Novosti, Alou Alkhanov trouvait anormal que les militaires soient jugés par des jurys alors que ce n'est pas le cas pour la justice ordinaire.
"Nous avons atteint notre objectif et le cas Oulmane sera entendu par une cour professionnelle", s'est réjoui Mourad Moussaïev, un représentant d'Alou Alkhanov.
La justice tchétchène doit mettre en place les jurys populaires le 1er janvier prochain. AP
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Tchétchénie : mettre fin au silence !
Cet article a été rédigé par un reporter d'AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.
A la demande du philosophe André Glucksmann, je relaie l'appel Mettre fin au silence sur la Tchétchénie qu'il a cosigné avec plusieurs autres personnalités, parmi lesquelles Vaclav Havel, Mary Robinson ou Desmond Tutu. Ce texte a été publié pour la première fois par le quotidien tchèque Dnes, à l'occasion de la visite récente de Vladimir Poutine à Prague.
" L'observateur de bonne foi éprouve de grandes difficultés à percer le huis clos qui isole la Tchétchénie du reste du monde. Combien de morts dans la population civile en dix ans de guerre ? Au moins 100.000, au plus 300.000 selon les estimations des ONG. Soit un civil sur dix ou sur quatre. Combien de votants aux élections de Novembre 2005 ? Entre 60 à 80%, selon les autorités russes, 20%, estiment les témoins indépendants. Le black out qui règne sur cette parcelle de Caucase interdit toute évaluation chiffrée des ravages d'un conflit que chacun sait impitoyable.
La censure ne masque pas l'horreur. Sous nos yeux, une capitale (Grozny, 400.000 habitants) a été rasée pour la première fois depuis 1944 quand Hitler punit Varsovie. L'étiquette « lutte anti-terroriste » ne saurait coiffer une telle inhumanité. L'État-major russe prétend lutter contre une poignée de terroristes qu'il chiffre entre 700 et 2.000 combattants. Qu'aurions-nous dit si le gouvernement anglais avait bombardé Belfast, ou le gouvernement espagnol Bilbao, sous prétexte de réduire l'IRA ou l'ETA ? Le sac de Grozny, des villes et des villages de Tchétchénie se repaît du silence mondial. Les femmes, les enfants, tous les civils tchétchènes sont-ils moins dignes de respect que le reste de l'humanité ? Sont-ils encore considérés comme des êtres humains ?
Rien n'excuse notre planétaire silence.
1. Il en va de notre morale la plus élémentaire. Comment accepter le viol des filles enlevées par les troupes d'occupation ou leurs milices ? Pourquoi supporter le meurtre des enfants et le rapt des garçons, torturés, brisés et revendus, vivants ou morts, à leur famille ? Et les camps de « filtration » ? Et les « fagots humains » ? Et les villages décimés pour l'exemple ? Quelques ONG et journalistes courageux, russes ou occidentaux, témoignent des forfaits innombrables. Nous ne pourrons pas dire « nous ne savions pas ».
2. Il en va du principe fondamental des démocraties et des états civilisés : le droit à la vie des civils, la protection due à l'innocent, à la veuve et à l'orphelin. Les accords internationaux et la charte de l'ONU obligent. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes n'implique pas le droit des gouvernants à disposer de leurs peuples.
3. Il en va de la lutte anti-terroriste elle-même. Qui ne s'aperçoit que l'armée russe joue les pompiers pyromanes ? Au bout de dix années de répression à grande échelle, le feu, loin de s'éteindre, s'étend, franchit les frontières, embrase le Nord Caucase et ensauvage les combattants.
4. Il en va du réalisme politique et du bon sens. Allons-nous longtemps ignorer que, brandissant l'épouvantail du « terrorisme tchétchène », le gouvernement russe supprime les libertés acquises à la chute de l'empire soviétique ? Reprise en main des mass media, lois contre les ONG, renforcement de la « verticale du pouvoir », la guerre camoufle et motive le rétablissement d'un pouvoir central sans contre-pouvoirs qui le limitent, c'est-à-dire : couvre le retour à l'autocratie.
Les guerres de Tchétchénie durent depuis 300 ans. Elles furent sauvagement coloniales sous le Tsar, quasi génocidaires sous Staline qui déporta l'entière population, dont un tiers périt dans le seul transfert au Goulag. Aujourd'hui, il s'agit, eu égard à la proportion des morts et à la cruauté des moyens, du pire conflit inaugurant le XXIème siècle.
Parce que nous rejetons les aventures coloniales et exterminatrices, parce que nous aimons la culture russe et que nous croyons la Russie capable de s'épanouir dans un avenir démocratique, parce que nous estimons que le terrorisme doit être condamné, qu'il soit le fait de groupes sans état ou d'armées avec état, nous demandons que la question tchétchène ne soit plus couverte d'un mutisme complaisant. Nous devons aider les autorités russes à sortir du piège où elles sombrent aux risques et périls des Tchétchènes, des Russes et des nôtres. Il nous paraîtrait inconcevable qu'au prochain G8, réuni en juin 2006 (en Russie), la « question tchétchène » soit évacuée d'office et ne fasse pas l'objet de discussions publiques. Au-delà de nos divergences quant à l'indépendance ou non de la Tchétchénie, nous sommes tous concernés par l'épouvante d'une guerre sans fin. "
Signé par André Glucksmann (philosophe français), Vaclav Havel (ancien président tchèque), Prince Hassan bin Talal (prince jordanien), Frederik Willem de Klerk (ancien président sud-africain), Mary Robinson (ancienne présidente irlandaise), Yohei Sasakawa (philanthrope japonais), Karel Schwarzenberg (sénateur tchèque), George Soros (financier et philanthrope amércain), Desmond Tutu (archevêque sud-africain)
14:42 Publié dans Articles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


